Visualiser c’est déjà jouer !

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Visualiser c’est déjà jouer !

Astrid Guyart en pleine concentration lors du combat (perdu) des fleurettistes françaises contre les Sud-Coréennes aux JO de Londres, en 2012, médaille de bronze en jeu.

Et si le travail d’imagerie se révélait une alternative à la pratique du sport en cette période de confinement ? Après tout, la simulation motrice aide bien les blessés à revenir plus vite sur les terrains.
La coïncidence l’amuse : « L’IN-SEP vient justement de me demander de rédiger un article sur la visualisation à l’attention des athlètes médaillables aux Jeux de Tokyo », avoue Claire Calmels, chercheuse en neurosciences au laboratoire qu’abrite l’Institut du bois de Vincennes. Exactement le sujet qui nous intéresse aujourd’hui, et qui a germé à l’écoute de plusieurs champions en panne de pratique sportive, et qui pressentaient que cet exercice-là pourrait les aider, compenser un peu l’absence d’entraînement technique.

« Il me semble en effet pertinent d’avoir recours à la simulation motrice pour faciliter le retour sur les terrains à la suite d’une période d’inactivité dans des situations extrêmes et inédites comme nous les vivons actuellement. Mais il faut que les athlètes soient guidés », prévient Claire Calmels.

Évidemment, ce genre de travail d’imagerie mentale ne s’improvise pas, sous peine d’encoder des gestes erronés. Mais il a largement fait ses preuves, quelle que soit la méthode choisie. Le cerveau possède des capacités inestimables pour capter des informations, mais moins d’habilités à les utiliser de manière consciente. D’où le recours à la visualisation, parfois même à l’hypnose, deux états naturels de conscience modifiée.

« Faire du sport dans sa tête »
Cette simulation motrice est un protocole qui consiste à reproduire la gestuelle sportive en pensée, en y associant le plus de sensations possibles. En clair, à « faire du sport dans sa tête ».

« Il a été démontré très récemment dans le domaine des neurosciences qu’imaginer, observer, verbaliser et mimer un mouvement activaient un certain nombre de zo- nes communes du cerveau, notamment les aires motrices et somatosensorielles, précise Claire Calmels. Si de nombreuses zones cérébrales communes sont mises en jeu lors de la simulation motrice d’un geste sportif et lors de son exécution réelle, on peut avancer que lorsqu’on s’entraîne à la simulation motrice, on s’entraîne aussi, pour partie, à la réalisation effective de ce geste. »

Les athlètes adeptes de la visualisation vous expliqueront tous qu’elle leur a permis de progresser techniquement. Mieux, depuis 2014, cette approche proposée aux « insépiens » blessés a permis d’optimiser la reprise de l’entraînement en permettant de maintenir un niveau technico-tactique intéressant. « Quand tu ne pratiques plus, tu désapprends, note la fleurettiste Astrid Guyart, sixième des derniers Jeux à Rio, arrêtée huit mois après une opération à un genou. Tout l’enjeu est de réduire le temps entre la reprise de l’activité et le moment où tu retrouves tes habilités. Si tu as gardé une activité cognitive liée à ton sport, tu retrouves très vite la précision, le sens du jeu, tu n’as pas perdu le fil. » En travaillant avec Claire Calmels, l’escrimeuse a d’abord accéléré le processus de guérison en étant proactive.

Un atout qui ne fait pas tout
« Finalement, traverser une blessure ou ce confinement, c’est assez similaire. L’athlète stoppe l’activité physique en lien avec les spécificités de son sport, propose la scientifique. Mais, dans le cas précis du confinement, il n’y a pas d’immobilisation et le retour à l’entraînement sera, je pense, plus efficace. Contrairement aux blessés, les athlètes sont aujourd’hui en mesure d’entretenir leur forme grâce aux programmes de préparation physique transmis par les entraîneurs. »

Attention quand même à ne pas idéaliser la situation. Le but de la visualisation est de garder familières des sensations sportives. Mais la méthode ne peut effacer certains aspects inhérents à chaque discipline. « J’évolue dans un sport d’opposition, et donc d’improvisation, souligne Astrid Guyart. C’est difficile de faire de la visualisation en escrime car ton adversaire ne fait jamais le geste que tu attends. En revanche, tu peux l’utiliser pour rester centré sur toi. Tu n’es pas dans le jeu de l’escrime, mais cela te permet de rester connecté à la piste. »

Dès lundi, au lieu de reprendre le chemin de l’entraînement à l’INSEP, la fleurettiste s’adressera à différents interlocuteurs, dont Claire Calmels. Elle sait que se voir sur la piste, en train de se déplacer avec ses marches, ses retraites, s’imaginer sur un mouvement d’attaque, dérouler des schémas tactiques identifiés, restera un atout. Même si ce travail de visualisation ne fera pas tout.

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