« Avec l’hypnose, l’athlète reprend le contrôle »

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« Avec l’hypnose, l’athlète reprend le contrôle »

Christophe Massina, entraîneur d’Axel Clerget, utilise cette méthode particulière de visualisation avec le judoka, double médaillé de bronze mondial.
« À cause du confinement, et pour la première fois mercredi, j’ai fait avec Axel une séance d’hypnose par téléphone. C’était un peu bizarre mais il faut comprendre que ça n’a rien à voir avec du spectacle. On pense que l’hypnotiseur va prendre le contrôle et manipuler l’hypnotisé. C’est exactement l’inverse : il est là pour redonner les clés en sollicitant l’inconscient. Quand tu es en état de conscience modifiée, par l’hypnose ou la méditation, les ondes dans le cerveau changent, l’athlète reprend le contrôle sur lui-même. C’est une autre forme de visualisation.

Avec Axel, qui est assez autonome, on a beaucoup travaillé sur la blessure, par rapport à des postures, aussi, pour l’amener à gérer seul les émotions, qu’il identifie les négatives afin de les modifier, faire en sorte qu’elles le gênent le moins possible.

Depuis longtemps, Axel travaille avec Meriem Salmi, il fait beaucoup de mindfulness (pleine conscience) ; ce que je fais, moi, ce n’est pas un travail psychologique, c’est un entraînement mental pour se mettre dans de bonnes dispositions, prendre du recul sur son activité, sur les sensations. Au départ, c’est la curiosité qui m’a poussé vers l’hypnose. En 2016, j’entraînais sur le secteur féminin et j’étais en difficulté avec Automne Pavia et Emilie Andéol. Un peu avant les Championnats d’Europe, j’avais le sentiment de devoir trouver un électrochoc. Je n’arrivais pas à les sortir d’une spirale négative.

“On pense que l’hypnotiseur va manipuler l’hypnotisé. C’est l’inverse”

En discutant avec ma femme qui est sophrologue, je me suis orienté vers l’hypnose. J’avais lu un fascicule d’auto-hypnose pour les sportifs un an plus tôt, j’avais trouvé ça rigolo, intéressant. Au début, Automne a tiqué un peu mais elle a une grande confiance en moi. Je lui ai montré des vidéos. Elle a voulu que j’assiste à la séance, puis elle a eu des exercices à faire. Et elle a gagné les Europe. Bien sûr, c’est une grande compétitrice qui sait se transcender, mais elle m’a avoué que la séance l’avait reconnectée à des sensations positives.

En revanche, Émilie s’est plantée. On a constaté qu’à chaque fois qu’une adversaire passait derrière son dos et lui soulevait les pieds du sol, elle avait la réaction de tout lâcher. Je lui ai proposé de bosser sur ce point spécifique en hypnose. Elle a fait deux séances en juin et juillet. Et elle est devenue championne olympique à Rio. En demies et en finale, la Chinoise et la Cubaine sont passées dans son dos mais ne l’ont pas arrachée. Émilie n’a pas lâché.

Après les Jeux, je suis passé

chez les garçons, ç’a été difficile de les faire adhérer et, à titre personnel, je n’étais pas bien. Ça me saoulait. Après les Mondiaux de 2017, je me suis donc lancé dans le premier module de formation “technicien en hypnose”. Ça correspondait exactement à ce que je pressentais. La communication avec les athlètes est essentielle. Les mots qu’on emploie, la posture face à tel ou tel athlète… Le message ne passe pas de la même manière si tu ne t’adaptes pas aux différences individuelles des gens. Au terme des trois cents heures de formation, avec une pratique de près de soixante-dix séances d’hypnose, je suis devenu praticien. Je suis tellement convaincu qu’après les Jeux de Tokyo, j’ai envie d’entamer le cycle 2. »

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